L’Ange, l’Oiseau, le Ver et le Narrateur
L’Ange était assis sur une branche, dans un chêne majestueux, seul au beau milieu d’une immense prairie. Il regardait le paysage magnifique qui s’étendait sous ses yeux : cette verte étendue où poussaient des milliers de centaurées pourpres, de marguerites, et où gambadait un troupeau de coccinelles. Plus loin, un méandre de rivière reflétait le bleu du ciel. L’Ange pouvait même apercevoir, tout là-bas à l’horizon, le miroitement de la mer, sur laquelle on distinguait un petit voilier. Il décida que bientôt il irait voir la mer. Peut-être même pourrait-il se poster à la proue du bateau, et se laisser porter par les vagues de délices de l’écume lui fouettant le visage…
Il fut tiré de sa rêverie par un faible cri au pied de l’arbre.
-L’Ange, eh, l’Ange !
Il baissa les yeux, et chercha longtemps avant d’apercevoir un petit ver de terre qui gigotait en tendant le cou vers lui.
-L’Ange, eh l’Ange !
- Oui, le ver ?
- Descends de ton piédestal, et viens m’aider, car un oiseau veut me manger !
L’ange eut un instant de réflexion, puis il s’assit confortablement sur sa branche. Il demanda au ver :
- N’est-ce pourtant point ta destinée que de te faire dévorer par l’oiseau ?
- Mais c’est que je suis jeune ! Je ne veux pas mourir maintenant ! Il me reste tant de choses à vivre ! Tant de beautés à voir !
- Je comprends, mais tu dois admettre que la nature est ainsi faite que l’oiseau doit manger le ver de terre, qu’il soit jeune, vieux, ou même entre deux âges.
Le ver semblait désespéré. On peut aisément le concevoir : il voyait dans le ciel voler l’oiseau, qui s’approchait peu à peu de l’arbre. Il est connu que n’importe qui, lorsqu’approche l’heure de sa mort, essaye tout ce qui est en son pouvoir pour l’éviter. Le ver essaya d’être intelligent. Il cria à l’Ange :
- D’accord. Et de la même manière, n’est-ce pas dans la nature des Anges que d’aider les pauvres vers que nous sommes à s’en sortir?
L’Ange hocha la tête.
-Voyons… (Il réfléchit un instant) Peut-être as-tu raison, finalement. L’oiseau ! Viens près de moi !
L’oiseau l’entendit, et vint se poser dans l’arbre près de l’ange, sans cependant quitter le ver des yeux. L’Ange déclara :
- L’oiseau ! Tu ne vas pas manger le ver aujourd’hui. Il est trop jeune, il lui reste beaucoup de choses à vivre, et beaucoup de beautés à voir.
Ce à quoi l’oiseau répondit :
- Mais si je ne peux plus attraper les vers de terre, comment vais-je nourrir mes enfants ?
- Excellente réponse, dit l’Ange, tu me mets dans une position délicate. Le ver ne veut pas mourir, mais tes enfants non plus, j’imagine.
-Non ! Ils désirent vivre ! cria l’oiseau avec conviction.
L’Ange réfléchit longuement. L’oiseau guettait le ver avec avidité, tandis que celui-ci regardait l’oiseau, et sa peur perçait de chaque pore de sa peau. L’Ange finit par se décider :
- Résumons. Si je sauve le ver, les oisillons mourront. Et si je sauve les oisillons, le ver devra mourir. Il n’y a donc qu’une seule solution : éliminer le problème !
Il claqua des doigts, et le ver se tortilla, se recroquevilla, sécha et redevint poussière parmi poussière. L’oiseau regarda l’Ange avec de grands yeux. Ce volatile ne comprenait décidément rien ! L’ange claqua des doigts de nouveau, et l’oiseau tout comme le ver mourut dans l’instant, ses cendres s’envolant dans les vents, ce qui condamnait par ailleurs les oisillons à une fin à la fois imminente et certaine.
- Alléluia !
L’Ange s’envola avec grâce, et il partit voir la mer qui était à l’horizon.
En trois coups d’ailes, il fut au-dessus des eaux, et il vint se poser sur le voilier, comme il s’était promis de le faire. Sur le pont, derrière la barre, se trouvait un navigateur. L’Ange salua le navigateur : -Bonjour ! Comment doit-on vous appeler ?
Et le navigateur répondit :
-On m’appelle généralement par mon prénom. Je suis navigateur, mais également narrateur.
-Et quelles histoires racontes-tu ?
-Présentement, je raconte l’histoire de l’Ange, de l’Oiseau, du Ver et du Narrateur.
L’Ange, étonné, lui dit :
- Ah ?
Le navigateur, qui était aussi le narrateur, et que l’on appelait généralement par son prénom, répondit :
- Eh !
- Finalement, fit l’ange après un moment, cela m’arrange, car ce n’est pas moi qui ai tué le ver, et je n’ai pas tué l’oiseau non plus. C’est toi qui les as tués ! Et c’est monstrueux !
Le narrateur haussa les épaules. Le navigateur l’imita. L’Ange continua sa diatribe :
- Tu n’as pas le droit ! Tu n’es pas Dieu, tu ne peux pas rivaliser avec Lui, et Lui seul peut donner la vie et la reprendre !
Le navigateur lui répondit, un léger sourire en coin :
- Que crois-tu, l’Ange, dans cette histoire, je suis le seul Créateur, il n’y en a pas d’autre.
L’Ange était désemparé devant tant de cruauté. Il demanda au navigateur :
- Et à qui comptes-tu faire lire cette histoire ?
- Je ne sais pas, répondit l’autre, on verra ça plus tard, quand je l’aurais terminé !
- Mais si d’aventure un enfant lisait cette histoire, il pourrait être choqué ! Il pourrait faire des cauchemars toute sa vie, et c’est toi qui en serais responsable !
Le narrateur regarda l’Ange, et lui dit :
- Ne viens pas m’embêter, ou sinon, c’est toi que je ferais disparaître !
L’Ange n’en menait pas large. Comment convaincre le narrateur de changer le cours de l’histoire, sans pour autant disparaître ainsi que le ver et l’oiseau ? Il eut une idée, et tenta une autre approche :
- Dis-moi, narrateur, puisque c’est ainsi que tu te nommes toi-même, as-tu une famille ?
- Oui.
- Une petite sœur, un petit frère ?
- Oui… j’ai un petit frère, admit le navigateur en baissant les yeux.
Il voyait déjà où l’Ange voulait en venir (logique, puisque c’était lui qui écrivait l’histoire).
- Eh bien, continua l’Ange, imagines que ton petit frère lise cette histoire. Serait-il fier de toi s’il savait que tu tuais les oiseaux et les vers de terre sans regret aucun ?
- Oh, oh, c’est bon, l’Ange, je vois ce que tu veux dire. Je laisse tomber, dit-il en se laissant tomber sur le pont.
L’Ange sentit alors au bout de ces doigts un curieux frémissement, et sans prévenir, ses doigts claquèrent ! Le ver de terre apparut sur le pont. Un autre frémissement, et les doigts claquèrent de nouveau ! Et l’oiseau de tomber sur le pont à son tour. Ces derniers étaient un peu abrutis par l’étrange voyage qu’ils venaient de faire. Ils regardaient tout autour d’eux, sans comprendre comment ils avaient réussi à se transporter du dessous d’un chêne au pont d’un bateau, et cela en l’espace d’un seul instant.
L’Ange les rassura :
- Ne vous en faites pas, mes amis, le narrateur vous a ressuscité !
Cependant, les deux animaux n’y comprenaient toujours rien. Que faisaient-ils sur un bateau ? Que s’était-il passé ? Et surtout, qui était ce fameux et mystérieux narrateur ? Ils posèrent d’une même voix les questions à l’ange.
- Eh bien, dit l’Ange, voici l’explication. Vous n’êtes plus sous le chêne car vous êtes morts. Vous êtes sur le bateau car vous êtes vivants. Et surtout, le fameux et mystérieux narrateur n’est autre que celui que l’on appelle (généralement) par son prénom !
- J’ai rien compris, dit l’oiseau.
- J’ai rien compris non plus, dit le ver.
- Mais si ! L’Ange montra le narrateur du doigt, tout est à cause de lui, car c’est lui qui écrit l’histoire !
- Je m’en vais, fit le ver, j’ai le cerveau en ébullition.
- En admettant que tu en ais un, railla l’oiseau, qui sauta sur le ver et l’avala tout rond. Malheureusement, tandis que l’oiseau mâchait consciencieusement le ver, il trébucha, et tomba à la mer, où il se noya.
L’Ange était enragé à l’idée que cet imbécile de narrateur ait encore tué les deux pauvres bêtes. Il se mit à l’injurier de tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait :
- Espèce de piaf mal embouti ! Merle ignoble ! Rapace ! Volaille monstrueuse !
Et il continuait sur ce ton tant et si bien que le narrateur finit par le froisser, et le jeta à la corbeille.
Le narrateur reprit la barre, et continua son voyage sur la mer des mots.


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# 1 | jessyka | 13/07/2008 - 1:09
ses bon comme produit et je vous remerci de votre coléboration et ses po tou monde qui écrirai un si bon paragrafe …
# 2 | Debt Consolidation Relief | 11/12/2008 - 6:18
alleluia…
Immediate results pertaining to debt management….