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Tristan et la Ville

Voir les commentaires | tristan and the city | Nouvelles | 26/04/08

Tristan avait devant lui, aussi loin que portait le regard, l’étendue infinie de la ville. Sous le soleil couchant, les lumières de la cité s’allumaient, une à une. Les néons multicolores, les phares rouges et blancs des voitures, la froide lumière des lampadaires plongeaient de toute part dans la ville sur les citadins pressés de rentrer chez eux. Leurs voitures, leurs bus et leurs camions crachaient leur fumée en vrombissant, et de là où Tristan était, il pouvait entendre la ville toute entière. Les klaxons les plus lointains parvenaient jusqu’à ces oreilles, et chaque soir il s’asseyait à cette terrasse pour entendre ce coeur battant, ce bruit infini, grave, que la plupart des citadins n’entendait plus.

Désormais, il ne pouvait plus s’endormir sans cette musique, métallique, sourde mais tellement présente. C’était sa berceuse, sa mère qui le bordait, l’embrassait, lui chuchotait de ne pas s’inquièter, qu’elle était là tout près de lui, qu’il pouvait s’endormir en paix. Alors seulement il sombrait dans le sommeil, heureux de savoir que tout près de lui veillait sa mère la ville, sa première et dernière mère, qui contenait toute sa vie, son emploi, ses amours et ses amis… C’est pour cette raison qu’il avait choisi cet appartement au centre de la cité, il en était au coeur et pouvait l’entendre battre, il était foetus et elle était source de Vie. Ainsi ce soir comme chaque soir depuis aussi longtemps qu’il s’en souvienne, il écoutait et regardait le spectacle offert à lui, le soleil maintenant couché, qui ne donnait plus de lumière mais seulement teintait le ciel de violet. Un violet magnifique, rendu sombre et profond par la couche de pollution qui couvrait la ville. Toutes les lumières de la ville étaient allumées, c’était le moment préféré de Tristan, celui où lui seul accédait à cette vision si belle de sa cité. Les citadins pressés, eux, en bas, ne voyaient rien, ils voulaient seulement rentrer chez eux, se reposer, s’abrutir devant la télé, dormir. Parmi eux, sûrement, se trouvaient les amis de Tristan, revenant pareillement de leur travail, fatigués de l’incessante activité urbaine, mais desireux de continuer le lendemain à chercher une place dans cette toile gigantesque qui les avait prise. Tristan, lui savait qu’il était à sa place : le bourdonnement des machines de la ville était son seul but, les lumières son unique loisir, sa texture si rude, son premier et dernier amour. Il aimait savoir que sous ses pieds des milliers d’hommes et de femmes marchaient inlassablement vers leur destin. Eux étaient ignorants. Lui savait, connaissait, la ville était son univers, sa raison d’être, et il ne pourrait survivre sans elle. Il alla se coucher. Et, très vite, il s’endormit, rêvant de la ville, de ses bruits, de ses couleurs et de ses mouvements. Espérant, sachant que toujours il s’endormirait ainsi.

Il se réveilla anxieux. Quelque chose n’allait pas. Il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Mais quelque chose, pour sûr, n’était pas normal. Pas normal du tout. Mais quoi ? Il se leva. Le jour était levé, il pouvait le voir à travers la petite fenêtre qui donnait sur la cour. Chose normale pour un six septembre à cette heure là. Donc de ce côté tout allait bien. Il jeta un regard sur sa petite chambre. Tout était à sa place. Il se concentra quelques instants. Décidement quelque chose de très étrange se produisait. Pourtant il était incapable de déterminer ce que cela pouvait être. L’inquiétude persistait, inquisitrice. Il se secoua, se persuadant qu’un mauvais rêve était à l’origine de son malaise.

Après être passé dans la salle de bain, peigné et rasé de près, savonné dans toutes les parties, habillé d’habits propres et repassés, il passa dans le salon, et comme chaque matin se planta devant la grande baie vitrée à travers laquelle s’étalait sa ville. Le choc eut pu le faire tomber s’il ne s’était aggripé à une chaise qui, heureusement, se trouvait tout près. Au bout de quelques secondes, ne pouvant croire ce qu’il ne voyait pas, il se jeta dans l’ascenceur qui le conduisit au rez-de-chaussée. Le visage blanc, le coeur battant, il traversa le hall d’entrée et se retrouva dans la rue. Nulle chaise pour le retenir, il faillit bien se fracasser le crâne sur le mur de son propre immeuble.

Il erra ensuite longtemps dans les rues de la ville. Nulle part ne pouvait se percevoir un bruit, on ne voyait pas le moindre mouvement. Les voitures étaient arretées en pleine rue, comme si on les avait laissé là délibérement. Il n’y avait personne, même dans les boulevards passants habituellement animés à toute heure. Tristran passa longtemps à entrer dans les maisons, à chercher et à appeler, mais nulle réponse ne se faisait entendre. La seule musique dans la ville était celle de quelques oiseaux dont le pépiement résonnait dans les artères vidées de leur flux vital.

Tristan arriva enfin dans la principale avenue de la ville. Vide, désespérement silencieuse. Pendant quelques instants il se tint raide au milieu du boulevard. Puis le silence fut percé par un cri. Et Tristan cria longtemps. Et son cri résonna très longtemps contre les murs de la ville.

2 personnes ont commenté Tristan et la Ville

  1. # 1 | Diane | 27/04/2008 - 14:15

    Ca laisse présager un “court” intéressant… On l’attends! ;-) Bisous

  2. # 2 | Xav | 28/04/2008 - 13:30

    héhé … merci ;)

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